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Publié par Michel Rousseau

  Les courses et les corvées ménagères telles que la lessive pourraient bientôt devenir moins laborieuses avec l'introduction de la technologie RFID . « Toutefois, pas avant que certaines questions majeures ayant trait à la vie privée n'aient trouvé réponse » , déclare l'eurodéputé allemand Jorgo Chatzimarkakis.
M. Chatzimarkakis en connaît un brin sur les RFID. Membre du comité d'évaluation des options scientifiques et technologiques (STOA) du Parlement européen, il s'est employé l'an passé à organiser des manifestations de sensibilisation à la révolution technologique RFID. Dans un entretien accordé à CORDIS Nouvelles, il a évoqué l'avenir de cette technologie et la manière dont il conviendrait de la réglementer afin que notre vie privée et nos droits soient préservés.
L'industrie de la RFID pèse lourd. Les tendances et prévisions actuelles indiquent que le marché va croître rapidement au cours des 10 prochaines années. Quelque 600 millions d'étiquettes ont été vendues rien qu'en 2005, et le marché - matériel, systèmes et services inclus - devrait décupler en valeur d'ici à 2016.
« La RFID va rendre notre existence plus rapide, plus fiable et plus sûre », a déclaré M. Chatzimarkakis à CORDIS Nouvelles. « Cette technologie est déjà utilisée dans de multiples circonstances et applications, que ce soit dans les transports publics ou l'accès aux bâtiments ».
L'un des exemples les plus réussis et les plus relayés par les médias de RFID à l'oeuvre est le «nsupermarché du futurn» de Rheinberg présenté par Metro, le géant allemand de la grande distribution. Le magasin est équipé d'une multitude de technologies intelligentes, dont les assistants d'achat personnels que l'on emboîte sur son caddie et qui sont activés via une carte de fidélité. Les puces RFID ont été ajoutées à nombre de produits dans les rayonnages.
Lorsque l'on entre le produit recherché, l'écran de l'assistant indique où il se trouve. Les achats réguliers apparaissent sur la liste des favoris, ainsi que les promotions. Grâce aux puces RFID, le personnel est alerté lorsque les rayons du magasin doivent être réassortis ou si la date de péremption des produits est dépassée.
«Au magasin Metro, vous pouvez choisir d'activer la technologie RFID en passant le seuil. Lorsque vous vous dirigez vers la sortie, une machine détruit les puces RFID», a expliqué M. Chatzimarkakis.
Autre exemple: le Madejski Stadium au Royaume-Uni, qui se veut un stade «intelligent». On y a recours à des tickets RFID assortis d'autres applications TIC (technologies de l'information et de la communication). En plus de donner accès au stade, ce système de billetterie sert également à fidéliser la clientèle, à effectuer des paiements, à canaliser la foule, à garantir la sécurité ainsi qu'à offrir des applications de marketing direct.
On peut également citer le zoo d'Apenheul, aux Pays-Bas, qui offre des sacs étiquetés RFID aux visiteurs à l'entrée. L'étiquette permet à la direction du zoo de suivre les mouvements des visiteurs au gré de leur cheminement parmi les attractions. On a ainsi pu constater quelles étaient les attractions les plus populaires et reconfigurer le parc pour optimiser l'expérience offerte aux visiteurs. Le sac s'est également révélé utile pour localiser des enfants égarés.
Les étiquettes RFID jouent également un immense rôle dans le commerce européen. «Le commerce se fait sur la base de chargements équipés de puces RFID», a expliqué l'eurodéputé.
M. Chatzimarkakis a avancé que la technologie RFID évoluait et atteignait des niveaux de fonctionnalité sans précédent. L' «Internet des choses» devient réalité, a-t-il déclaré. La frontière entre le monde physique et le monde numérique est abolie. On estime qu'à l'horizon 2015, il y aura 1 trillion de capteurs reliant l'univers physique à celui du numérique.
Mais comme toute autre révolution technologique, la RFID soulève des questions quant à son impact sur notre existence. Une consultation publique récemment menée sur le sujet a fait ressortir qu'une large majorité de sondés admettaient les avantages potentiels de la RFID; mais le principal message était que les Européens se montraient soucieux des questions ayant trait à la vie privée.
Les services et produits dotés de la technologie RFID ne font pas tous appel aux données personnelles, ni n'en requièrent. «Certes, si vous vous rendez dans un stade de football, vos données personnelles seront transmises au système et le propriétaire du club pourra être intéressé non seulement par votre heure d'arrivée et l'emplacement de votre siège, mais aussi par le nombre de saucisses et de bières que vous avez consommées.»
«Pour ne pas en arriver à une vision orwellienne des choses, nous devons faire tout notre possible pour permettre aux gens de désactiver la RFID lorsque des données personnelles sont concernées», a déclaré M. Chatzimarkakis.
«L'autodétermination en matière d'information est la notion actuellement en vogue dans le monde de la RFID. Elle implique qu'à partir du moment où des données personnelles entrent en jeu, il faut que l'on puisse exercer soi-même un contrôle sur ces dernières et se déconnecter de quelque application que l'on souhaite utiliser ou non», a-t-il ajouté. Pour qu'il en aille ainsi, il faut toutefois que les produits dotés d'étiquettes RFID soient clairement identifiés comme tels et que les clients soient informés qu'ils ont la possibilité de les désactiver s'ils le souhaitent.
«Les gens doivent être informés en cas d'usage de la RFID», a déclaré l'eurodéputé. «Parce que lorsqu'ils savent que c'est le cas, ils en perçoivent les bénéfices directs. Lorsque la technologie est abstraite, les gens sont contre.»
M. Chatzimarkakis a opéré le rapprochement entre la technologie RFID et la technologie GSM, qui permet également de suivre les individus à la trace. «Mais pouvez-vous me citer une personne qui n'ait pas de téléphone portable? Pourquoi? Parce que les gens perçoivent les avantages. Et si les avantages l'emportent sur la perception personnelle de la menace, les gens l'accepteront», a-t-il déclaré à CORDIS Nouvelles.
Pour les responsables politiques européens, le défi va consister à avancer des scénarios concrets et à démontrer toute l'étendue des avantages que les gens peuvent retirer de la RFID. C'est précisément ce que va permettre un projet pilote financé par l'UE et ayant pour objectif de lutter contre la contrefaçon pharmaceutique, qui devrait être prochainement lancé, a déclaré l'eurodéputé.
Un autre défi consistera à développer un cadre réglementant l'usage de la RFID. Bien que l'Europe soit dotée d'un cadre réglementaire très efficace en matière de protection des données, il n'existe pour l'instant aucune réglementation concernant l'usage de la technologie RFID, a noté l'eurodéputé.
M. Chatzimarkakis escompte que la Commission européenne s'attaquera au problème de la protection des données dans une prochaine communication, où l'on devrait également trouver des propositions concernant l'harmonisation des normes communautaires et non communautaires existantes et l'interopérabilité. Il estime capital d'associer les États-Unis et la Chine pour créer un standard mondial concernant la RFID.
La recherche d'un cadre adéquat en matière de politique européenne est étroitement suivie par la présidence allemande de l'UE, qui a inclus la question parmi ses priorités. Les Portugais et les Slovènes devraient également en faire l'une des priorités de leur présidence, a déclaré M. Chatzimarkakis. Un calendrier portant sur la politique RFID devrait être annoncé lors du CeBIT 2007 en mars à Hanovre.
Entre-temps, la recherche s'attellera à produire la prochaine génération de systèmes RFID sûrs et peu onéreux. En plus des financements accordés au titre du septième programme-cadre (7e PC), des ressources seront également disponibles via le programme-cadre pour l'innovation et la compétitivité (PIC) récemment lancé.
Pour tout renseignement complémentaire sur la politique de l'Union dans le domaine de la RFID, consulter:
 
* Le titre est un clin d'oeil à l'ouvrage d'Arthur Koestler : le Yogi, le robot et le commissaire

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